HITTITES


HITTITES
HITTITES

La découverte des Hittites est le résultat d’une longue enquête philologique et archéologique qui débute au temps du déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens. Le nom d’un grand pays, en relation avec la cour égyptienne de la XVIIIe dynastie, apparaît dès les premiers textes que lit Champollion: le «Heta», dont les pharaons disent avoir reçu le tribut et dont Ramsès II affirme qu’il le vainquit à Qadesh, en Syrie du Nord. Dans la mesure où l’Orient s’ouvre à la recherche archéologique européenne, on retrouve ici et là, en Syrie du Nord en particulier, d’étranges textes rédigés dans un système d’écriture inconnu, lequel paraît être un système «hiéroglyphique». Faute d’en connaître l’origine exacte, à tout hasard, on attribue cette écriture aux «Hittites». En 1887, la découverte fortuite, à Tell el-Amarna, site de l’antique capitale du pharaon hérétique Akhenaton, de la correspondance diplomatique de la cour égyptienne avec ses vassaux de Syrie et les cours de Babylone et d’Assyrie, allait relancer le problème hittite: cette correspondance faisait état des mouvements de l’armée hittite en Syrie et, qui plus est, y figurait également une lettre du roi hittite Souppilouliouma, adressant ses vœux à Akhenaton à l’occasion de son accession au trône.

Deux de ces lettres (dont l’une adressée à un roi d’Arzawa) étaient rédigées dans une langue inconnue, mais dans le système d’écriture cunéiforme mésopotamien, donc lisibles. Bien inspiré, mais s’en repentant presque aussitôt, le savant norvégien Knudtzon, en reconnaissait l’origine indo-européenne et en fournissait une première traduction approchée. En 1906, une expédition allemande, dirigée par Hugo Winkler, obtenait la concession des fouilles sur le site de Boghaz-Köy, connu depuis 1839, énorme ensemble de ruines qui paraissait particulièrement prometteur. Après quelques semaines de travail, Winkler recueillait environ dix mille tablettes, écrites pour la plupart en cette langue que la correspondance de Tell el-Amarna désignait comme étant celle d’Arzawa. Rédigés en cunéiforme, la plupart des textes pouvaient être lus mais non interprétés, d’autres, par contre, étaient rédigés en babylonien, et il apparut bientôt que le site sur lequel ils avaient été découverts était celui de la capitale des Hittites, portant alors le nom de Hattousas, et que les textes recueillis constituaient une partie des archives des rois hittites. En 1915, le savant tchèque B. Hrozny démontrait que la langue dans laquelle étaient rédigés les documents originaux des archives de Boghaz-Köy était un dialecte indo-européen, confirmant ainsi l’intuition de Knudtzon. Dès lors se créait une nouvelle discipline de l’orientalisme: l’hittitologie.

Partir d’infimes commencements pour parvenir aux plus hauts destins impériaux, tel a été le sort des Hittites. Si l’aventure s’est achevée par une tragédie, la raison en est à chercher non dans une défaillance de volonté, mais dans la simple loi du nombre qui fait que les civilisations ne peuvent résister à l’assaut des Barbares.

Les Hittites et des groupes apparentés parvinrent en Anatolie d’une antique demeure où, sans doute, ils communiquaient avec leurs cousins indo-européens au travers des plaines eurasiennes; ils y arrivèrent par vagues successives ou parallèles, alliés en particulier à leurs proches parents, les Louwites, à d’autres tribus encore moins certainement identifiées. Ils apparaissent dans l’histoire au moment où, au XIXe siècle avant notre ère, les marchands assyriens ouvrent leurs comptoirs à Kanesh (aux environs de l’actuelle Kültepe, au sud de la boucle du Halys), dans la plaine qui entoure le mont Argée, et en d’autres lieux, sur la route qui mène de la capitale assyrienne vers l’Anatolie, riche en métaux.

Pourtant, l’Anatolie, dans laquelle les Hittites ont pénétré à un moment encore indéterminé de l’histoire, n’était point à ce moment un «no man’s land». C’est le pays dont, depuis longtemps, les Mésopotamiens tiraient bois et métaux, et celui qu’évoquent des sagas qui disent les exploits des rois et la dynastie d’Agade, Sargon et Naram-Sin, qui pénétrèrent jusqu’en Anatolie centrale, l’un pour venir en aide à des marchands mésopotamiens, l’autre pour combattre une coalition de dix-sept princes dont un «roi du pays hittite», Pamba. Les «Hittites», installés à cette époque en Anatolie, auxquels la nomenclature moderne a redonné leur nom légitime de «Hattiens» (parfois de «pré-hittites») sont une des plus anciennes populations (autochtones?) de l’Anatolie: c’est de cette population que les envahisseurs indo-européens prendront leur nom de Hittites.

Cette ancienne culture ne laisse guère d’autres traces que les tombes de ses princes, d’une extraordinaire richesse souvent, témoins d’une civilisation extrêmement développée qui s’étend du plateau central anatolien jusqu’aux abords de la mer Noire (Alaca Höyük, Masat, Horoztepe, Mahmatlar). De lointaines relations avec la Troade aussi bien qu’avec la Mésopotamie, et des points de contact avec le Caucase et le Kouban suggèrent un ensemble culturel beaucoup plus vaste qu’il n’apparaît au seul résultat des fouilles anatoliennes.

Il n’est pas impossible que les tombes princières «hattiennes» retrouvées à Alaca Höyük, à quelque trente-cinq kilomètres au nord de la capitale hattienne (puis hittite) de Hattousas (aujourd’hui Boghaz-Köy), doivent être attribuées aux princes hattiens à l’hégémonie desquels mirent fin les Hittites indo-européens. Une date aux environs de 2300-2000 est assez admissible pour les sépultures, surtout si l’on considère qu’elle correspond en gros à celle à laquelle les Indo-européens ont dû s’installer dans la région, puisqu’au moment où ils apparaissent dans l’histoire à travers les documents économiques, juridiques et épistolaires laissés par les marchands assyriens, ils ont déjà constitué des principautés. D’autre part, outre des noms de princes et d’individus privés, ces documents font état de fêtes religieuses locales et de termes techniques; la plupart de ces derniers relèvent de parlers autochtones, notamment hattiens, mais on note aussi des termes indo-européens, que l’on rencontre plus tard en hittite et dont l’utilisation ici doit être le résultat d’une longue accoutumance. Les tablettes assyriennes ont révélé les noms de deux princes anatoliens, Pithana et Anitta, son fils. Tous deux sont mentionnés dans un document retrouvé, grâce à une copie beaucoup plus récente, dans les archives royales hittites de Boghaz-Köy. Il s’agit du remarquable récit, écrit à la première personne par Anitta, qui relate les entreprises militaires de Pithana et d’Anitta, «roi de Koussar», contre les principautés d’Anatolie centrale, notamment Hattous (= Hatoussas), centre de pouvoir hattien, qui fut détruite de fond en comble et maudite. Abandonnant Koussar, Anitta transfère sa capitale à Nesa, qu’il faut probablement identifier avec Kanesh, où un fer de lance portant une inscription à son nom a été découvert.

1. Caractères permanents du peuple hittite

Les constantes géographiques et politiques

Bien qu’aucun des rois successifs de l’empire hittite n’ait revendiqué Pithana ou Anitta comme un de ses ancêtres, et que l’histoire «légale» parte d’Hattousil Ier (vers 1650 av. J.-C.), la présence seule du récit d’Anitta dans les archives hittites suggère une certaine communauté spirituelle entre son œuvre et celle que vont poursuivre ses successeurs.

En effet, les tâches qui furent les siennes seront, tout au long de l’histoire hittite, celles qu’ils devront affronter à leur tour: elles dépendent à la fois de données ethniques et politiques. Il faut d’abord que ces souverains s’assurent la maîtrise du plateau central anatolien et des terres qui entourent la capitale Hattousas jusqu’au-delà du fleuve Halys, en direction de l’Anti-Taurus. L’œuvre doit être éternellement recommencée: au nord du pays, jusque vers la mer Noire, les Gasgas, tribus de «tisseurs de lin et éleveurs de porcs», constituent un danger que les Hittites ne purent jamais écarter; ils s’emparèrent même de Hattousas qu’ils pillèrent et dévastèrent, et ils occupèrent pendant des siècles des lieux saints comme la ville de Nérik. Au sud-ouest, en direction du grand lac Salé, l’Arzawa, puissant royaume autour duquel diverses principautés se rassembleront, représente également une menace permanente: de l’époque d’Anitta au règne de Touthaliya IV, tout à la fin de l’empire, le nom d’Arzawa réapparaît dans les annales comme un leitmotiv. Les Hittites s’épuiseront à le combattre sans pouvoir en venir à bout: preuve du prestige dont il jouissait, son roi, Tarhoundaradou, correspondait d’égal à égal avec Aménophis III, à une époque où, pourtant, Souppilouliouma, un des plus énergiques souverains hittites, régnait à Hattousas (vers 1370 av. J.-C.). Au sud, la Cilicie, connue alors sous le nom de Kizzouwatna, ne présentera de danger que jusque vers l’époque de Souppilouliouma qui conclura un traité avec le roi Sounassoura, traité qui, en réalité, fait repasser le pays sous l’hégémonie hittite et qui témoigne de l’instabilité permanente aux frontières, les changements d’allégeance dépendant de la faiblesse ou de la puissance des rois hittites. Un des premiers traités – documents caractéristiques de l’esprit international de ce peuple – paraît avoir été conclu entre le roi hittite Télépinou (vers 1525 av. J.-C.) et le roi de Kizzouwatna, Ishpoutahshou: les deux signataires se donnent le même titre de «roi» et traitent donc sur un pied d’égalité. Il est regrettable que le texte du traité lui-même ne nous soit pas parvenu, il eut sans doute permis de voir jusqu’à quel point allait cette égalité, et si était pleinement valable ce titre de «grand roi» que, sur son sceau, se décerne le roi de Kizzouwatna. Le traité conclu plus tard par Souppilouliouma rappelle que, «à l’époque de son grand-père», le Kizzouwatna faisait encore partie de l’empire hittite (sans doute en conservant ses propres souverains); il s’en était détaché pour se rallier à l’empire hourrite, et revenir ensuite «au bercail» hittite, comme le dit textuellement le traité. Sounassoura est le dernier nom de roi de Kizzouwatna qui apparaisse, le pays étant incorporé définitivement à l’empire hittite sous le règne du second fils de Souppilouliouma, Moursil II (vers 1329 av. J.-C.).

À l’est de l’empire, par-delà le Taurus et l’Euphrate, sont installés depuis les origines hittites des groupes d’envahisseurs venus d’Orient: les Hourrites, qui occupent la haute région mésopotamienne, du Tigre à la Méditerranée. Les premiers heurts se produisent dès l’époque de Hattousil Ier (vers 1650 av. J.-C.). C’est seulement quelque trois cents ans plus tard que Souppilouliouma fera disparaître la menace qu’ils représentent. Les guerres de Hattousil Ier constituent en quelque sorte le schéma des opérations qu’ont perpétuellement dû livrer les rois hittites au cours de l’histoire impériale: guerres en Syrie du Nord, contre l’Arzawa, contre les Hourrites qui n’hésitent pas à contre-attaquer. Tout ceci provoque, comme le fait se reproduira, une dispersion des forces hittites obligées de faire front sur plusieurs théâtres d’opérations en même temps, et l’impossibilité de parvenir à une solution définitive. Hattousil échoue devant Alep, alors capitale d’un grand royaume. La tâche est laissée aux soins de son fils adoptif, Moursil Ier, qui enlève la ville et, au cours d’un raid d’une audace inouïe, mais qui n’eut pas de lendemain, s’empare de Babylone, mettant fin à la dynastie qu’avait illustrée Hammourabi, avant d’abandonner le pays à de possibles alliés, les Cassites (vers 1595 av. J.-C.).

Moursil périt assassiné et, jusqu’au règne de Télépinou (vers 1525-1500 av. J.-C.), l’histoire hittite n’est qu’une longue suite de revers sur le plan international, et de dissensions dans la famille royale qui se dispute le pouvoir: les Hourrites et les Gasgas ravagent le pays, l’Arzawa et la Cilicie se révoltent. L’ordre intérieur est ramené par Télépinou qui, par un rescrit, pose les règles de succession dans la famille royale, lesquelles seront respectées jusqu’à la fin de l’empire. Dans le domaine légal, c’est également sous son règne qu’eut lieu une révision du Code.

En politique étrangère, on retiendra les campagnes contre Hassouwa (en Commagène) et la conclusion du traité avec le royaume de Kizzouwatna.

Pendant une cinquantaine d’années après le règne de Télépinou, la carence des documents ne permet pas de préciser la succession des rois et des événements politiques.

La religion sous l’Ancien Empire

Les textes d’Anitta et de Hatoussil Ier, complétés sur certains points par le rescrit de Télépinou, fournissent quelques indications sur la religion, l’État et la société hittites sous l’Ancien Empire; on note une profonde évolution, aussi bien dans le domaine religieux qu’au sein de l’État.

Les dieux d’Anitta ne paraissent être autres que les divinités qu’adoraient, au témoignage des documents postérieurs, les Hattiens: le dieu de l’Orage du Ciel qui demeurera une des grandes divinités de l’empire, et le dieu Halmasouitta, le Trône divinisé, qui jouera un rôle dans les rituels de fêtes hittites plus récents, mais un rôle tout à fait secondaire. Le dieu Siousoummi, dont le nom paraît être formé sur un thème hittite: siou = dieu, est, spécifiquement, le dieu de Nesa, peut-être adopté par Anitta lorsqu’il transfère sa capitale dans cette dernière ville. Il n’apparaît d’ailleurs plus par la suite. On notera l’existence de temples dans lesquels ces dieux résident, et la coutume d’offrandes d’animaux en nombre considérable; cette dernière caractéristique de l’ancienne religion disparaît à son tour.

La situation est sensiblement différente à l’époque de Hattousil: le roi n’est plus, comme Anitta, «aimé du dieu de l’Orage»; c’est la déesse solaire d’Arinna qui veille sur lui, le guide au combat en le prenant par la main. Il s’agit également d’une divinité d’origine hattienne, sans doute déjà considérée à l’époque pré-hittite comme protectrice de la royauté, rôle qu’elle continuera d’assumer pendant toute la durée de l’empire. Le dieu de l’Orage lui est subordonné; avec leur fille, la déesse Mezoulla (dont le temple est mentionné), ils constituent une triade divine du groupe hattien et demeureront parmi les grands dieux des hittites. L’intérêt majeur de ce texte réside cependant dans le fait qu’on y trouve attesté pour la première fois ce trait caractéristique de la religiosité hittite qui tend à la fois au syncrétisme et à l’adoption de divinités provenant des horizons les plus divers. L’influence religieuse hourrite, dont on a souvent placé le début vers l’époque de Souppilouliouma, et qui aurait été renforcée à la suite du mariage de Hatousil III avec la fille d’un prêtre de Kizzouwatna, Poudou-hepa, s’affirme déjà sous Hattousil Ier. Celui-ci ramène de ses campagnes en pays hourrite des divinités locales qui deviendront parmi les plus importantes du panthéon hittite: le dieu de l’Orage d’Alep (Teshoup), «la fille de la déesse Allatoum, Hépat» qui est son épouse et qui sera identifiée à la déesse solaire d’Arinna; leurs statues, déposées dans le temple de la déesse Mezoulla, seront servies par leurs propres prêtres, déportés avec elles.

2. L’évolution historique

Entre la mort de Télépinou et l’accession de Souppilouliouma, les sources historiques se font extrêmement rares. Il est probable qu’avec le père (ou le grand-père) de Souppilouliouma, une nouvelle dynastie monte sur le trône (vers 1460 av. J.-C.). Si l’on en croit les noms hourrites que portent les princes, noms qu’ils abandonneront d’ailleurs à leur accession au trône, elle serait peut-être originaire du Kizzouwatna, sans que l’on ait aucune certitude sur ce point.

Pacification de l’empire

Au moment où Souppilouliouma prend en main le destin de l’empire, la situation du pays est des plus critiques, la révolte est à peu près générale. Alep est occupée par les Mitanniens qui regroupent les anciens États hourrites; le Kizzouwatna, l’Arzawa passent à l’offensive, suivis par les populations des pays d’Isouwa, à l’est de l’Euphrate, d’Azzi-Hayasa, et par les Gasgas qui réussissent à s’emparer de la capitale. La première campagne, effectuée en soutien d’un prétendant au trône de Mitanni, se solde par un échec. Une série d’opérations se déroulent ensuite en Anatolie, sur le cours supérieur de l’Euphrate, où le pays d’Azzi-Hayasa est obligé de signer un traité; au nord, le roi échoue contre les Gasgas qui sont tout juste contenus; vers l’ouest, l’Arzawa et le Wilousa reconnaissent son autorité, comme au sud le Kizzouwatna. Souppilouliouma peut alors reprendre la campagne contre le Mitanni. Elle débute par un grand raid sur les possessions mitanniennes de Syrie du Nord et se termine par des accords avec les princes jusque-là dépendants du Mitanni. Une vaste révolte qui s’étend à Alep, à Damas, remet tout en question. Les Hittites ripostent en attaquant la capitale mitannienne par le nord; le roi de Mitanni, Toushratta, refuse le combat et abandonne au pillage sa capitale Wassouganni. L’une après l’autre, les villes de Syrie du Nord, Alep, Alalakh, Qatna, Qadesh, Damas sont réduites; Ougarit, qui était restée fidèle, est libérée; le roi d’Amourrou, Azirou, après avoir hésité entre Hittites et Égyptiens, fait finalement acte de soumission et conclut un traité avec les Hittites. Vers 1354 avant J.-C., les hostilités reprennent: une armée égyptienne atteint Qadesh d’où elle se replie devant l’avance d’un contingent hittite; au nord, Souppilouliouma poursuit le siège de Karkemish qui tombe au bout de huit jours. Son fils, Piyassili, en devient roi; un autre de ses fils règne sur Alep: la Syrie est, pour un temps, passée sous la tutelle hittite.

Les défaites successives du Mitanni provoquent une révolution de palais au cours de laquelle le roi Toushratta périt assassiné par un de ses fils. Un autre de ses enfants, Mattiwaza, réussit à gagner le pays hittite et obtient l’appui de Souppilouliouma, appui confirmé par un traité. Soutenu par des troupes hittites, Mattiwaza réussit à atteindre la capitale Wassouganni, mais, devant une vive réaction assyrienne, ne peut guère aller au-delà: le Mitanni, dont les rois avaient été les alliés des pharaons de la XVIIIe dynastie cesse d’exister comme puissance internationale.

Un effort de guerre soutenu pendant plus de quarante ans, et qui avait toutes les apparences du succès, allait être réduit à néant à la mort de Souppilouliouma. Son fils Arnouwanda lui succède pour régner très peu de temps, sans doute emporté, comme son père, par l’épidémie de peste introduite en pays hittite par les prisonniers des campagnes égyptiennes. Un second fils, Moursil (II) (vers 1329 av. J.-C.), doit faire face à une tâche qui n’est pas sans rappeler celle qu’avait dû accomplir Souppilouliouma au début de son règne: le Mitanni, le Kizzouwatna, les Gasgas, l’Arzawa, d’autres provinces encore se révoltent; l’Assyrie se montre menaçante aux abords de Karkemish. Il faut dix années de luttes incessantes pour rétablir la situation, mais lorsque Moursil meurt, le royaume a retrouvé ses limites du temps de Souppilouliouma. Son fils Mouwatalli lui succède. Aidé de son frère cadet, Hattousil, il doit reprendre la guerre contre les Gasgas, à ce point menaçants que le roi abandonne la capitale. Pendant dix nouvelles années, la lutte se poursuit. Dans les provinces du Nord, dont l’administration avait été confiée à Hattousil, le limes , probablement déjà mis en place par Moursil, est renforcé, et l’on connaît des instructions extrêmement précises destinées aux chefs de forteresses et datant vraisemblablement de cette époque.

Lutte contre l’Égypte et l’Assyrie

Le grand événement du règne est la reprise des hostilités avec l’Égypte dont les pharaons de la XIXe dynastie tentent de refaire une puissance asiatique. L’Amourrou retombe sous la dépendance égyptienne. Mouwatalli, avec les contingents des pays tributaires et alliés, se porte à la rencontre de Ramsès II qui remonte vers le nord de la Syrie, longeant la côte. L’affrontement se produit aux environs de Qadesh. Ramsès échappe tout juste au désastre et, malgré une prétendue victoire proclamée sur les murs des temples qu’il élève en Égypte, se retire, laissant les Hittites en possession des territoires qu’ils tenaient à l’époque de Souppilouliouma: l’Amourrou redevient tributaire de l’empire. À la mort de Mouwatalli, qui dut suivre de peu la bataille de Qadesh, son fils Ourhi-Teshoup, né d’une femme de second rang, accède au trône, conformément aux prescriptions édictées autrefois par Télépinou. Son oncle le soutient pendant les sept premières années de son règne, mais, devant l’amoindrissement progressif de ses prérogatives et de ses commandements, il se révolte. Ourhi-Teshoup, fait prisonnier, est exilé. Avec l’appui de la noblesse, Hattousil III devient «Grand Roi» (vers 1289 av. J.-C.). Face au danger de plus en plus pressant que représente l’Assyrie qui, à la suite d’une révolte, envahit la partie orientale du Mitanni (Hanigalbat), Hattousil, tout en se gardant bien d’intervenir sur ce front, tente un rapprochement avec les Kassites de Babylone, conclut un accord définitif avec l’Égypte (1280 av. J.-C.), traité d’amitié et de défense dont la version égyptienne a été gravée sur les murs du temple d’Ammon à Karnak, et la version akkadienne, aux sceaux de Hattousil et de son épouse, Poudou-hepa, retrouvée dans les archives de Boghaz-Köy. En 1271 avant J.-C., cet accord sera confirmé par le mariage d’une des filles de Hattousil avec Ramsès II. À sa mort, vers 1265 avant J.-C., Hattousil laisse à son fils, Touthaliya IV, un empire à peu près intact, aussi étendu que celui de Souppilouliouma, mieux protégé d’ailleurs sur le flanc égyptien. Seule, la disparition du Hanigalbat, définitivement annexé par Salmanazar Ier qui s’empare de tous les territoires à l’est de l’Euphrate, laisse une brèche ouverte dans les défenses de l’empire. Les relations, déjà mauvaises avec l’Assyrie, s’enveniment: Toukoulti-Ninourta Ier d’Assyrie lance un raid dans la région du Shoubarou, aux frontières hittites, traverse même l’Euphrate malgré l’opposition de contingents hittites qui sont bousculés. Les relations sont rompues entre les deux rois, et Touthaliya interdit toutes relations commerciales entre l’Amourrou tributaire et l’Assyrie. Cependant le conflit n’éclate pas ici. La situation est plus inquiétante encore vers l’ouest où l’Arzawa, qui se révolte à nouveau, pousse à l’action contre les Hittites des princes dont les territoires s’étendent entre les deux pays. À cette occasion, les armées hittites s’avancent jusqu’au pays d’Assouwa, à proximité de la mer Égée, où ils laissent comme témoignage de leur passage le monument sculpté sur le roc de Karabel. Mais ces efforts n’empêchent pas que l’Arzawa et les principautés occidentales s’entendent avec l’Ahhiyawa, cette puissance mystérieuse en laquelle les rois hittites ont reconnu un égal sur le plan international et qui sont sans doute les Achéens.

Alashiya (Chypre), aux mines de cuivre célèbres, sans doute menacée par les marines achéennes et des peuplades maritimes de la côte égéenne, est occupée par Touthaliya. Sous le règne de son fils, Arnouwanda III, l’empire conserve une apparence de stabilité, mais déjà les peuples occidentaux sont unifiés contre les Hittites; ils se mettent en mouvement vers l’Orient, sans toutefois menacer directement l’empire, mais Achéens et Lyciens (Loukka) figurent parmi les envahisseurs que le pharaon Merneptah réussit à arrêter aux frontières mêmes de l’Égypte, vers 1230 avant J.-C. Arnouwanda meurt sans enfants; c’est son frère, Souppilouliouma II, qui monte sur le trône. Extérieurement, rien ne paraît changé: la Syrie du Nord, Karkemish, Ougarit demeurent fidèles, Chypre également devant laquelle les Hittites remportent une victoire navale. Souppilouliouma semble même être intervenu contre l’Assyrie.

La brusque disparition de l’empire hittite qui continue de présenter, à l’époque de Souppilouliouma II, la même apparence de puissance qu’à l’époque de ses prédécesseurs immédiats n’en est que plus étonnante. Il n’est aucunement prouvé que la destruction et la disparition de la civilisation hittite soit le fait d’une invasion à laquelle auraient pris part l’Arzawa et ses alliés, Achéens et autres. Les sources égyptiennes mentionnent les Achéens parmi les «Peuples de la mer» que Ramsès III arrêtera sur le delta du Nil, vers 1190 avant J.-C. Mais il semble que leur effort et celui de leurs alliés ait surtout porté sur la Syrie et l’Égypte, laissant de côté l’Anatolie. Il est plus probable que le grand mouvement de peuple qui submergea l’empire a trouvé son origine en Europe, et qu’il fut sans doute provoqué par les invasions doriennes. En effet, la tourmente passée, les Hittites disparus, on trouve des Phrygiens, venus d’Europe, en possession du plateau anatolien. À Boghaz-Köy même, sur les ruines de la capitale hittite, un chef phrygien établira sa résidence et élèvera un temple à une déesse phrygienne, Cybèle, qui n’est qu’un avatar de l’ancienne déesse hittite, protectrice de Karkemish, Koubaba.

Les royaumes néo-hittites

Toutefois, l’histoire des Hittites ne prend pas fin avec la disparition de l’empire et la destruction de Hattousas. Dans les provinces orientales et méridionales de ce qui avait été autrefois conquêtes impériales, la civilisation hittite se survivra, sous des formes quelque peu modifiées, pendant plus de cinq siècles. L’écriture hiéroglyphique, qui note un dialecte louwite, connaît une très large extension et couvre presque tous les monuments. L’empire ne l’avait utilisée qu’en d’assez rares occasions, surtout sur des monuments rupestres, comme au sanctuaire impérial de Yazilikaya, près de Hattousas, pour noter le nom des divinités, et dans les noms des rois, sur les sceaux royaux. Un certain nombre de petits royaumes ou de principautés, centrés autour d’une ville (quelques-unes de ces villes sont attestées par les documents antérieurs, les autres nouvelles), apparaissent ici et là en Syrie du Nord et en Anatolie orientale, le long de l’Euphrate, dans la région bordée d’une part par le fleuve, de l’autre par la chaîne du Taurus, et jusqu’en Palestine. Les textes assyriens continuent d’appeler «pays hittite» la Syrie du Nord et la région du Taurus; les rois indigènes qu’ils mentionnent portent des noms qui rappellent ceux des rois de l’empire: Sapaloulme et Loubarna, de la principauté de Hattina; Kantouzili et Moutallou, de Koumoukh, qui évoquent ceux de Souppilouliouma, Labarna, Hattousil (ou Kantouzili, nom attesté dans la famille royale hittite) et Mouwatalli (connu aussi sous la forme Moutallou).

Le premier roi assyrien qui atteint l’Euphrate après la disparition de l’empire, Tiglat-pilezer Ier (vers 1100 av. J.-C.), parle du Hatti ou du Grand Hatti, royaume ou fédération dont le centre de gravité paraît avoir été la ville de Malatya, sur le cours supérieur de l’Euphrate. Karkemish, où avaient autrefois régné le fils de Souppilouliouma et ses descendants, réapparaît dans l’histoire, peut-être toujours tenue par la même famille, bien qu’elle ait été détruite par les Peuples de la mer. À part Touwanouwa, la Tyane de l’époque classique, en Cilicie, comme aussi Karkemish, la plupart des noms que mentionnent les textes assyriens sont nouveaux: Milid (Malatya), Marqasi (Marash), capitales des petits États de Kammanou et de Gourgoum. Au sud de Malatya, en direction de Karkemish, point de passage important sur l’Euphrate, puissante ville qui vit de son commerce, s’étend la Commagène, dont le nom ancien est Koummoukhi. Vers l’occident de Karkemish se trouve le royaume d’Arpad; plus à l’ouest encore, et atteignant le golfe d’Alexandrette, celui de Sam’al, appelé autrefois Ya’diya, qui avait sa capitale sur le site de Sinjirli, dont le nom ancien demeure ignoré. La plaine de l’Amouq constitue un royaume, connu d’abord sous le nom de Hattina, puis d’Ounqi, dont la capitale s’élevait à Kinaloua (la Kalneh biblique). Alep, autrefois capitale d’un puissant royaume, tenue plus tard en fief par un des fils de Souppilouliouma, alors bien déchue de sa grandeur passée, est devenue Halman (son nom ancien était Halap/Halpa). Elle sera bientôt abandonnée pour Hattarikka (la Hadrakh biblique) et la principauté prendra le nom de Louhouti. Enfin, en direction de la Palestine, le royaume de Hamath marque l’avance extrême de l’influence politique et culturelle hittite vers le sud. À noter encore la principauté de Til-Barsip (aujourd’hui Tell Ahmar) en aval de Karkemish.

L’avance assyrienne en pays hittite et jusqu’à la Méditerranée n’est qu’un épisode du règne de Tiglat-pilezer; les Araméens qui pressent de toute part les anciennes frontières des empires s’établissent en force en Syrie du Nord. Pas plus que l’Assyrie ni Babylone, les princes hittites ne peuvent leur résister, ou ils réagissent seulement avec difficulté. À Til-Barsip, en Ya’diya, à Arpad, les Araméens prennent leur place, les anciens noms disparaissent: Ya’diya devenue Sam’al s’appelle Bît Gabbari, «Maison de Gabbar», probablement à partir du nom du fondateur de la nouvelle dynastie; Til-Barsip devient le Bît Adini; Arpad, Bît Agousi. La Cilicie, qui recouvre une large partie de l’ancien royaume du Kizzouwatna, commence à être mieux connue grâce aux inscriptions rédigées en hittite hiéroglyphique et en phénicien, découvertes à Karatepe sur le site d’une forteresse tenue par un vassal du roi d’Adana.

Pendant près d’un siècle, les populations hittite et louwite se partagent ces régions avec les Araméens, plus ou moins pacifiquement jusqu’au moment où l’Assyrie reprend sa politique d’expansion avec Adad-nirari II (912-891 av. J.-C.) et ses successeurs. Assur-nasir-apal II (884-859 av. J.-C.) reconquiert la totalité des territoires à l’est de l’Euphrate. Karkemish lui paie tribut, ainsi que les petits États qu’il traverse au cours de sa marche jusqu’à la Méditerranée. Malgré quelques tentatives pour faire front devant la menace assyrienne en unissant leurs forces, comme ils le firent à Qarqar contre Salmanasar III d’Assyrie (853 av. J.-C.), les rivalités que l’on soupçonne entre États hittites et États araméens vouent ces tentatives à l’échec. L’importance de l’Ourartou (Arménie) contrebalance pendant une cinquantaine d’années l’influence de l’Assyrie dans ces régions. Les rois d’Ourartou, Argistis Ier et Sardour II rassemblent autour d’eux les principautés de Milid (Malatya), Gourgoum, Ounqi, Sam’al, Arpad, Karkemish et la Cilicie (Qoué): un empire est prêt à se reconstituer en Syrie du Nord, comme il se constitua autrefois sous l’égide du Mitanni. Mais sous Tiglat-pilezer III d’Assyrie (745-727 av. J.-C.), les Assyriens forcent l’Ourartou à évacuer la Syrie. C’en est fait dès lors de l’indépendance hittite. À partir de 738 avant J.-C., les unes après les autres, les principautés de Syrie tombent aux mains des Assyriens. Cette politique d’annexion sera poursuivie par les successeurs de Tiglat-pilezer, Salmanasar V et Sargon II: le grand centre hittite de Karkemish tombe en 717 avant J.-C.; Koummoukh (qui englobe alors la région de Malatya) disparaît en tant qu’entité politique indépendante en 709 avant J.-C. Assyriens et Babyloniens continuent cependant de donner traditionnellement le nom de Hatti à la Syrie du Nord, mais lorsque les Grecs pénètrent en Orient, le nom même des Hittites aura disparu. Hérodote, que ses pas menèrent là où avait été l’empire hittite, n’en a pas entendu parler.

3. Bilan d’une civilisation

Roi et société

De même que la plupart des autres anciennes monarchies orientales, la monarchie hittite est absolue. Il est certain, néanmoins, qu’au début de l’ancien empire, la «Grande Famille» – la noblesse: c’est-à-dire l’ensemble de la tribu ou de la caste d’où est issu le roi – n’entendait que son intérêt et n’hésitait pas à outre-passer les volontés royales, surtout dans le cas d’une succession qui pouvait lui paraître litigieuse. On comprend dès lors qu’Hattousil Ier, anticipant les recommandations de Télépinou, ait déjà pu enjoindre la classe dirigeante, les «grands», à «rester unis comme une bande de loups». Jusqu’au règlement des problèmes de succession dans la famille royale par Télépinou, devient roi celui qui, dans la «tribu», saura le premier se débarrasser de ses adversaires. Ces problèmes ne se posent plus ensuite.

Le roi est le représentant de dieu sur terre; il en est le vicaire, mais ce statut ne lui confère point de nature particulière: il reste un homme, ce que les rois se sont complu à reconnaître. Néanmoins, de par ses fonctions, c’est un être exceptionnel et, dès la plus haute époque, dès la royauté d’Anitta, dès le règne de Hattousil Ier, le roi est «aimé» d’un dieu, sans qu’il soit possible de préciser pourquoi un tel sera «aimé du dieu de l’Orage», tel autre de la déesse solaire, tel autre de la déesse Ishtar de Samouha, comme ce fut le cas de Hattousil III, sinon que des circonstances particulières à la vie de tel ou tel prince qui accède à la royauté, après avoir occupé des fonctions religieuses – fonctions qui semblent faire partie du cursus honorum des princes hittites – en aient fait l’oblat de telle divinité.

Avant tout, le roi est le prêtre des dieux. Les innombrables prêtres qui officient dans les temples, et dont les fonctions sont rigoureusement définies, ne sont probablement, comme ce fut le cas dans l’Égypte pharaonique, que les remplaçants du roi. Les devoirs religieux du roi l’emportent de loin sur la fonction de chef militaire qui lui revient de droit, inhérente au caractère des royautés de l’Orient ancien, et qui dérivent d’ailleurs du caractère sacré et sacerdotal du roi, la guerre étant considérée comme un jugement de la divinité. Ainsi s’explique pourquoi, le roi étant responsable envers les dieux du bien-être du pays, tant de précautions ont été prises, mettant en œuvre tous les procédés de la magie, pour assurer la pureté rituelle du roi, lui éviter toute pollution, le soumettant à de méticuleux rituels, l’obligeant à participer à toutes les fêtes religieuses, en en faisant, par les prières qu’il adresse aux dieux, l’intermédiaire obligé entre le pays, les hommes et les divinités.

À cet égard, c’est uniquement en tant qu’officiant devant les dieux que sont représentés les rois hittites. Puisque c’est au roi que le dieu suprême de la royauté, le dieu de l’Orage, a confié le pays hittite, il est normal que le roi soit le juge suprême. Le Code énonce expressément les cas qui, sortant de l’ordinaire, sont soumis directement au roi. Il dicte aussi les instructions qui déterminent les fonctions et les devoirs des différentes classes de la population: instructions pour les commandants des postes frontières, les gardes du corps, les prêtres, etc.; de même il édicte les réformes de caractère religieux, comme celles tendant à unifier et réglementer les cultes, décidées par Touthaliya IV.

Si la royauté hittite ne diffère que sur des points mineurs des autres types contemporains de royauté, il n’en est pas de même en ce qui concerne le statut juridique de la reine. Première épouse officielle, elle assume le titre de Tawananna (probablement un nom propre devenu un titre, comme celui de Labarna, ou Tabarna, que porte le roi) et le conserve à la mort de son époux. Sans doute ce titre lui confère-t-il des prérogatives particulières. De même que le roi et que les princes royaux, elle assume nécessairement des fonctions religieuses, officiant soit seule, soit en compagnie du roi. À sa mort, comme le roi «devient dieu», elle aussi passe dans la sphère divine et va résider dans une sorte d’empyrée, auprès des dieux. Si les rois morts sont l’objet d’un culte et d’offrandes faites à leurs statues, vivants ils ne sont jamais considérés comme des dieux.

La société hittite reste encore une des grandes énigmes, les archives hittites n’ayant point livré, à la différence de celles de Mésopotamie, de documents économiques, de lettres de particuliers à particuliers, de contrats qui seuls permettraient de se faire une idée, si peu précise soit-elle, des structures sociales. On distingue cependant, d’abord une classe que l’on pourrait appeler «noblesse», dans laquelle figure sans doute énormément de descendants de la famille royale (un roi a noté que «le pays hittite est plein de descendants de la royauté»). C’est à cette classe que sont confiées les fonctions militaires et les fonctions civiles à la cour. Choisis par le roi, souvent alliés à lui, les fonctionnaires lui sont liés par un contrat dont la forme revêt celle des traités conclus avec les pays étrangers. À eux, comme d’ailleurs aux temples, le roi confère, par charte scellée, des domaines destinés à leur entretien, en échange d’un service spécifié, ou notant, en revanche, les exemptions à telle ou telle obligation.

La masse populaire, elle, se compose d’hommes libres qui, néanmoins, paraissent dépendre soit d’un temple, soit d’un palais ou de terres seigneuriales, et sont astreints de ce fait à une sorte de corvée. La condition des esclaves est assez mal définie, et les travailleurs employés par l’État aussi bien que par les particuliers sont surtout des déportés ramenés à la suite des expéditions militaires.

Continuité de la religion

Les conceptions religieuses ne diffèrent guère sous l’empire de celles qui prévalaient aux temps d’Anitta et de Hattousil Ier. Les grandes divinités de la royauté demeurent celles qu’avaient reconnues les Hattiens: la déesse solaire d’Arina, le dieu de l’Orage de Hatti; leur famille: le dieu Télépinou, la déesse Mezoulla, leurs enfants; la déesse Zintouhi, leur petite-fille. Dans des groupes ou des cercles qui rassemblent d’autres couples divins s’ajoutent leurs enfants et leur entourage, des divinités venues de divers horizons, comme Teshup d’Alep, sa parèdre Hepat, leur fils Sharoumma, d’origine hourrite; des divinités d’origine mésopotamienne, comme Ishtar de Ninive, les dieux Ea et Enlil. Les divinités d’origine louwite sont également adorées, mais leur culte trouve toute son extension, à côté de celui des divinités d’origine encore obscure, dans les royaumes qui prennent la succession des Hittites en Syrie du Nord.

Le culte des divinités impériales était célébré au cours de fêtes à l’ordonnance réglée par de longs rituels aux minutieuses prescriptions. Certaines s’étendaient sur de longs jours et comportaient souvent la visite de sanctuaires. Dans la plupart d’entre elles, la présence du roi et de la reine était impérative. Le sanctuaire rupestre de Yazilikaya, à peu de distance de Hattoussas, lieu de culte et d’inhumation, porte, gravé sur les rochers qui constituent les parois du temple, les images des dieux du panthéon hittite vers l’époque de Touthaliya IV qui y est d’ailleurs représenté. On constate avec quelque étonnement que la plupart d’entre eux étaient d’origine hourrite: Teshoup, Hepat, Sharoumma.

Autour des figures divines se sont naturellement élaborées des légendes qui n’ont souvent qu’un caractère folklorique, comme le récit du combat du dieu de l’Orage avec le Grand Serpent, la disparition du dieu Télépinou qui, irrité contre le roi ou la reine, quitte le pays, «emportant avec lui tout ce qui est bon». Une seule composition, traduite ou adaptée du hourrite, Le Chant d’Oullikoummi , qui fait suite à une autre composition de même origine, La Royauté aux Cieux , atteint un véritable niveau littéraire. Elle relate la lutte du dieu hourrite Koumarbi pour reprendre, avec l’aide d’un monstre de pierre qu’il a procréé, la royauté que lui a ravie le dieu Teshoup. À leur intérêt intrinsèque s’ajoute le fait qu’elles sont certainement à l’origine de la Théogonie d’Hésiode.

Hittites
peuple d'Anatolie centrale qui domina l'Asie Mineure du XVIe au XIIIe s. av. J.-C. En lui se fondirent certains éléments autochtones du bassin du Halys (fleuve nommé auj. Kizil Irmak): les Hattis, ou Proto-Hittites, et les peuplades indo-européennes qui pénétrèrent en Anatolie par vagues successives au déb. du IIe millénaire. De nombr. objets et vestiges, découverts depuis 1893, permettent d'apprécier la richesse de l'art hittite.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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